Interview de Mr Pieri - Enfants du Mékong

Interview de Vincent Pieri

Auteur du livre les Enfants du Mékong, la force du don

Il répond à nos questions

 

M. Pieri, quelles sont pour vous les valeurs transmises par les « Enfants du Mékong » ?

      Les Enfants du Mékong ont pour projet d’accompagner, par parrainage, un enfant jusqu'à l’âge adulte pour lui permettre d’aller à l’école.

Une des valeurs essentielles est celle de la famille : la vision de la famille là-bas est très différente de la nôtre, beaucoup plus élargie. Ainsi, les enfants vivent avec leurs grands parents, leurs oncles et tantes … Au lieu d’aider les enfants en les extrayant de leur milieu familial et social en les ramenant en France et en les adoptant par exemple, L’association a choisi de respecter cette valeur en les aidant à rester le plus longtemps possible chez eux.

             L’ONG des Enfants du Mékong ayant été fondée par un chrétien, René Péchard, les valeurs qu’elle transmet sont aussi des valeurs chrétiennes telles que la dignité et le respect de la personne. Parrainer un enfant c’est lui donner « un nom et un visage » et ainsi lui permettre d’être reconnu en tant que tel là où il ne l’est pas forcément en Asie.

 

Dans votre livre Les Enfants du Mékong vous consacrez le dernier chapitre à une réflexion sur les ONG remettant en cause leur indépendance, pouvez vous nous en dire plus et notamment par rapport à l’ONG des Enfants de Mékong avez-vous eu le sentiment d’une certaine dépendance aux Etats ?

         

       Il faut vraiment différencier deux types d’ONG. Celles qui sont financées par des fonds nationaux ou internationaux et qui ont un devoir vis-à-vis de ces états. Certes il est caché, mais il est effectivement réel. Tandis qu’il existe une autre catégorie d’ONG, celles financées uniquement par des dons privés et qui ne portent donc aucune « allégeance » à un état. Elles sont donc totalement indépendantes : c’est le cas de Médecin Sans Frontière, de Greenpeace, des Enfants du Mékong, …

Vous qui êtes allé au Vietnam pour cette association aviez-vous le sentiment que l’état avait une quelconque influence sur cette dernière ? Y a-t-il eu des conflits avec la police locale ?

                Non, pas du tout ! Le seul lien que les Enfants du Mékong entretiennent avec l’état est juridique : il s’agit d’obtenir toutes les autorisations nécessaires ; nous négocions en tant qu’ONG internationale et non en tant qu’ONG Française ce qui serait surement plus compliqué. Le fait que l’on soit une petite association nous permet d’agir de manière beaucoup plus libre : On n’aide pas l’état Vietnamien mais les personnes, les familles sur place. On n’entretient donc aucun lien avec ce dernier. Evidemment on a besoin d’autorisations pour agir mais il y a énormément de territoires où l’on agit secrètement, dans ce cas là on n’est pas reconnu du tout. Cependant ils savent tous qu’on est là, ils ont même l’organigramme de l’association. En Birmanie par exemple où on agit, ce que me confiait le directeur de l’ONG sur place,  c’est que plus c’est dangereux moins d’ONG sont présentes !  Du coup les besoins sont plus importants et notre action d’autant plus nécessaire. Cela nous est possible car, chez nous, toutes nos interventions passent par des bénévoles locaux.

Quand vous étiez là bas, en tant que français, les actions de la France jouaient-elles sur l’image que les gens avaient de vous ?

Ce ne sont pas les actions de la France qui influençaient. Néanmoins, quand on travaille avec des pauvres, la seule vision qu’ils ont de nous est une vision commune à tous les occidentaux. Car en effet ils ne lisent pas les journaux, ne connaissent pas grand-chose au monde qui les entourent. Les seules valeurs que l’on véhicule sont la

liberté et la richesse (même les pauvres en France par rapport paraissent riches)

Sans parler forcement des Enfants du Mékong, pouvez vous nous éclairer comment on obtient le statut d’ONG ?

Le monde des ONG est très flou, et il est entrain de se structurer parce qu’il y a eu tellement de fraudes et de débordements ! Je pense notamment à l’histoire de l’arche de Zoé l’année passée. Quand on est dans le secteur du don on n’a pas le droit à l’erreur. Aujourd’hui on tend à réguler les ONG. Avant c’étaient de petites associations qui tenaient à peine de comptes, tandis que maintenant il y a des contrôles fréquents : tous les ans une certification des comptes par la cour des comptes est réalisée. Les donateurs souhaitent une totale transparence de la part des ONG. Cela étant je ne sais pas s’il existe une réglementation particulière aux ONG : ce statut ne serait-t-il pas qu’un label ? A ce jour beaucoup de petites associations se disent ONG, néanmoins elles ne le sont pas toutes pour autant. Je pense qu’une organisation se dit non gouvernementale à partir du moment où elle devient importante et qu’elle a besoin de s’affirmer comme indépendante des états non seulement pour éviter toute influence mais peut être le statut d’ONG prête t-il plus aux dons que celui d’association ?


Interview réalisé par Pierre, Pierre-Emmanuel, Cyril et Robin.

 


Si vous voulez en savoir plus sur le livre de Mr Pieri: Les Enfants du Mékong - La Force du Don, voici une vidéo d'un interview de Mr Pieri par Livre-TV. 

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site